3 juillet 2012

Il y a la lumière, la dorée des fins de journées, et la blanche, aveuglante, qui bondit des marches de marbre blanc lorsque j'ouvre la porte. Il y a la chaleur, le vent bouillant qui souffle par la fenêtre, les peaux moites, les cheveux que l'on garde toujours attachés, les épaules nues. Il y a les odeurs, celle du jasmin sur le chemin de la fac, qui parvient parfois jusqu'à la casa, et celle de la buanderie au coin de la rue, celles de la poussière, du cuir et des bottega au détour des chemins. Il y a le ciel bleu, mais bleu ! Il y a cette langue, sonnante, forte, un peu gouailleuse, qui s'envole comme de la musique, et les mains, le corps tout entier, qui battent la mesure. Il y a cette douceur de vivre, cet optimisme inébranlable, cette manière d'être au monde au lieu de faire le monde à soi, cette façon extrême de vivre l'amitié, la famille, les autres. Il y a le chant des cigales lorsque je passe près du jardin, et celui des cloches de la ville dont jamais je ne pourrais me lasser. Il y a Giuseppina, la vieille voisine d'en face, qui me dit que j'ai de beaux cheveux chaque fois qu'elle me croise dans les escaliers, et la dame du dessous qui récolte tout ce qui tombe de nos fenêtres. Il y a les vélos qui ne freinent plus, les rues pavées un peu trop cahoteuses, les trottoirs les plus petits du monde, et des accents que je n'entend pas. Il y a toutes ces fois où l'on m'a répondu "Paris" lorsque je disais être française, et ces journées d'examen passées assise dans un couloir. Il y a les persiennes, le carrelage multicolore, et les fils à linge qui coulissent. Il y a cette façon si sérieuse de cuisiner les pâtes, de cuisiner tout court. Il y a les cafés-croissant que l'on prend accoudé au bar, en laissant une pièce de deux euros avant de partir, et les bars qui se construisent pour l'été sur les pelouses des parcs. Il y a les concerts de jazz et ceux des groupes florentins, les verres de vin, les paroles sur le bout des doigts. Il y a cette sensation indescriptible qui m'envahit lorsque je me retrouve au milieu d'une foule italienne, et le petit pincement au cœur quand je me rend compte que je ne regarde plus le Duomo comme avant. Il y a Agne et ses petites cuillères, Mattia, la douceur incarnée, Marina et ses montagnes de livres, Ale et ses éclats de rire si clairs. Il y a les mille choses auxquelles je ne pense pas encore mais qui sont là, j'en suis sûre. Il y a des promesses, des envies de revenir, presque aucun regret, la peur de la suite.

Il y a le billet d'avion juste là, qui signe la fin de ma vie à l'italienne, de ma dolce vita

Il y a mon corps qui frissonne et les larmes qui viennent me surprendre quand je décide d'écouter cette musique traditionnelle des Pouilles - une musique qui se danse, mais qui se danse !

Il y a cette certitude que je suis encore bien loin de mesurer toute l'empreinte que ce pays laissera en moi. Questa certezza che l'Italia è entrata dentro di me per non più lasciarmi, mai.


6 commentaires:

  1. Ah l'Italie...! C'est fou comme elle occupe notre coeur, une fois ses vieux pavés foulés.
    Tu y es jusqu'à quand ma douce?

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  2. L'Italie... Et puis je ne connaissais pas les sonorités de cette musique du coin de la famille paternelle de mon amoureux... Doux atterrissage !

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  3. c'est beau comme tu en parles !

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  4. bon retour...courage..pas facile de laisser cette bella vita!!!

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  5. C'était sous ce texte, et non sous la vidéo, que je voulais vous dire mon admiration pour votre style. Votre style qui aura ensoleillé ce bout de matinée de novembre du boulevard Montparnasse, sous la pluie.

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